Byju's levée de fonds

Cette startup EdTech indienne méconnue qui mange le monde de l’éducation

Byju’s, ce nom vous dit quelque chose ? Une startup EdTech valorisée à plus de 10 milliards de dollars, sur un des plus gros marchés du monde en termes démographiques, qui nécessite un développement constant de modèles éducatifs à grande échelle… Non, nous ne parlons pas de la Chine, mais bien de l’Inde !

Byju’s en deux mots, c’est la startup indienne référence de l’éducation digitale qui s’impose de manière croissante sur ce marché mondial ultra-concurrentiel. Elle propose des cours en ligne faits par des professeurs, ou sous forme d’animation vidéo du primaire au secondaire.

L’Inde est le deuxième pays le plus peuplé au monde, et ne compte pas moins d’1,3 milliards d’habitants environ. Parmi eux, 28% ont moins de 14 ans, ce qui fait de l’Inde un des pays à la plus jeune population mondiale. Une aubaine pour le développement des EdTechs ? Oui… et non.

Et si je vous disais… que la startup EdTech la plus valorisée au monde est indienne ?

Et elle n’est pas prête à s’arrêter aux 16,5 milliards de $ de valorisation qu’elle s’apprête à franchir. Byju’s est par conséquent la plus grosse entreprise EdTech en Inde, un marché titanesque bien souvent oublié de nos perspectives européennes. Mais jusqu’ici, rien de nouveau, Byju’s était déjà en 2020 une des plus grosses licornes EdTech mondiales aux côtés de ses consœurs chinoises et américaines, comme le montre ce graphique Holon IQ :

On remarquera la prédominance des licornes asiatiques dans ce classement (prédominance à relativiser au vu des contrastes démographiques avec d’autres régions du monde, entre autres). Voir aussi notre article sur Zhangmen, EdTech chinoise prête à s’introduire en bourse aux IS.

Byju’s, pépite de la “Silicon Valley” indienne

Byju’s, qu’est-ce donc ? La startup est née à Bengalore, la bien connue « Silicon Valley » indienne, en 2011. Le modèle est assez simple : l’entreprise propose une application, « Byju’s : The Learning App », lancée en 2015, permettant de tutorer les élèves du segment K12 et préparer des examens nationaux et internationaux grâce à des vidéos d’animation.

Pour l’anecdote : les programmes proposés par Byju’s sont disponibles dans plusieurs langues régionales, atout non négligeable pour le développement de l’application lorsqu’on sait la diversité linguistique de la République fédérale asiatique (pas moins de 22 langues officielles, un beau score). Les services de Byju’s sont plébiscités par 65% des parents des jeunes indiens scolarisés :

Le modèle proposé est un modèle dit “freemium” : Byju’s propose un essai gratuit limité dans le temps après inscription, avant de devenir payant. Byju’s propose également des cours sous forme d’animations, ou d’explications par des professeurs aux élèves du primaire et du secondaire.

La licorne indienne galope vers d’autres marchés

Byju’s s’étend depuis sa création, sur le marché américain notamment, grâce à l’acquisition de diverses entreprises EdTech telles que Osmo (startup californienne qui propose des jeux éducatifs digitaux, acquise en 2019 pour 120 millions de dollars) ou TutorVista (entreprise de tutorat en ligne aux Etats-Unis mais basée à Bengalore, rachetée au géant Pearson en 2017).

Une nouvelle levée de fonds pour la licorne indienne

Ceci étant dit, pourquoi s’intéresser à Byju’s aujourd’hui ? Si la startup peut se targuer d’être la plus imposante des entreprises indiennes EdTech, elle est en passe de devenir la plus grosse des licornes indiennes tout court et tous secteurs confondus, devant Paytm (une startup de paiement digital).

Après une levée de fonds d’un milliard l’année dernière (rien que ça), la pépite asiatique s’apprête à lever entre 150 et 200 nouveaux millions de dollars en provenance d’UBS Group. A titre de comparaison, cela représente environ 30% de la totalité des capitaux investis dans les EdTechs européennes en 2019 !

Cette levée de fonds devrait lui faire dépasser les 16,5 milliards de dollars de valorisation. Un joli coup de pouce qui propulsera Byju’s à environ 10 milliards de dollars de valorisation au dessus de la startup indienne concurrente la plus proche, Unacademy.

Unacademy est d’ailleurs au cœur d’un scandale récent, suite à des références religieuses dans un examen blanc disponible sur la plateforme qui ont fait monter nombre d’utilisateurs au créneau sur les réseaux sociaux. L’entreprise s’est depuis excusée dans un communiqué, reconnaissant une erreur.

Byju’s n’a pas été exempt de polémiques, et a dû retirer plusieurs de ses publicités suite à des accusations de publicité mensongère.

Un contexte global frein au développement ?

La dynamique actuelle est encourageante pour la firme, d’autant plus que le contexte sanitaire en Inde est très favorable à l’explosion de la demande d’éducation en ligne.  

Pas si simple, car les faiblesses structurelles et les inégalités chroniques pèsent lourd dans la balance.

Croissance n’est pas synonyme de développement : infrastructures délétères, pauvreté chronique, insécurité sanitaire, asymétrie des moyens entre Inde urbaine et Inde rurale… Autant de facteurs qui limitent le développement des EdTechs comme Byju’s à un développement cantonné à certaines classes sociales, centré sur les grandes aires urbaines.

Si une classe moyenne a indéniablement émergé ces dernières années, la proportion des « classes moyennes hautes » dans la population reste faible, et 27% des jeunes indiens n’ont toujours pas accès à l’éducation ni à l’emploi.

Difficile donc d’imaginer une adoption générale de l’éducation digitale dans « la plus grande démocratie du monde ». L’inégalité est chronique en ce qui concerne l’accès à l’éducation en Inde, notamment entre les grandes villes et les zones rurales. Voici à titre informatif les écarts de CPI (consumer price index) dans l’éducation entre l’Inde rurale et urbaine :

Et les créations d’emplois doivent suivre la cadence de la diplomation : cette cadence idéale a été estimée à une création nécessaire de 10 millions d’emplois annuels pour supporter l’arrivée sur le marché du travail de la jeunesse indienne, et limiter au mieux le chômage des jeunes diplômés (notamment des femmes, cf. graphique ci-dessous)…

Démographie hors-normes qui impose une éducation de qualité à grande échelle, géant géographique, et contexte sanitaire favorisant le distanciel, un « combo idéal » pour le développement des EdTechs en Inde ?

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