S’abonner à la newsletter

Abonnez-vous à notre newsletter pour rester au courant de toute l'actualité EdTech !

Derniers Tweets
296 Following
340 Followers
En août, l' #EdTech @EMERITUS_INST levait 650 millions de dollars 🔥💰 Un nouveau géant alternatif à @2Uinc ? https://t.co/kh6XUZmD6w
15 hours ago
Qui a dit que les cours en ligne ne se résumaient qu'aux #MOOCs ? 🧐 Retour sur le cohort-based learning, dans cet… https://t.co/0veLKOs3MS
19 hours ago
Qui sommes-nous ?
Étudiant à l'ESCP BS, passionné par l'éducation 👩‍🎓👨‍🎓
Étudiante du Programme Grande École d'HEC Paris
Co-fondateur du groupe 2Empower (Major-Prépa, Business Cool, Up2School, etc.)
Étudiant à HEC Paris (Programme Grande École).
Étudiante à HEC Paris
Interview Anne-Charlotte Monneret EdTech France

L’interview d’Anne-Charlotte Monneret, Directrice Générale d’EdTech France

Pour cette deuxième interview des grands acteurs de l’univers EdTech, EdTech Capital a le plaisir de recevoir et donner la parole à Anne-Charlotte Monneret, Directrice Générale de l’association EdTech France.

Au cœur de l’univers EdTech français, Anne-Charlotte Monneret dresse un tableau très précis des enjeux et des défis d’avenir dans un secteur en pleine croissance !

Du côté de chez EdTech France…

Le dernier pilier concerne la communication publique et l’incarnation de ce que peut être EdTech France : tu es EdTech France, tu respires EdTech France, tu transpires EdTech France !

Anne-Charlotte Monneret, DG EdTech France

Bonjour Anne-Charlotte, peux-tu te présenter en quelques mots ? Qu’est-ce qui t’a amené à effectuer ton parcours ?

Je m’appelle Anne-Charlotte, j’ai 27 ans, et avant de prendre ce poste [de DG, NDLR] en décembre 2020 j’étais enseignante de lettres en Seine-Saint-Denis dans un collège REP+. J’ai suivi un programme – Le Choix de l’école – à destination des jeunes actifs qui ne se destinaient pas à l’enseignement, mais qui ont toujours voulu enseigner sans trop savoir comment sauter le pas. Ce programme dure deux ans à travers des formations hebdomadaires sur tout un tas d’enjeux liés à la pédagogie, à notre système éducatif, mais aussi liés au numérique, aux EdTechs, etc.

Durant ces deux ans j’ai vraiment eu un attrait particulier pour les apports du numérique en termes d’amélioration de l’apprentissage, du côté enseignant comme du côté élève. Dans ma fiche d’inscription au programme j’avais même écrit que je me verrais bien travailler dans la EdTech après ! J’ai eu la chance lors d’une journée de formation de participer à un atelier animé par Svénia Busson, qui est au board EdTech France depuis le premier jour, qui m’avait totalement convaincu.

Avant cela j’étais chez Criteo, une licorne française de la Tech, à Barcelone durant deux ans. Je connais donc bien la tech ! Je suis diplômée de Sciences Po en finance et stratégie, ce qui m’a permis d’avoir une bonne connaissance de l’écosystème tech en France. J’ai aussi fait des stages chez BPI, en finance notamment. Depuis toujours je suis passionnée d’éducation, et ce poste d’EdTech France est la parfaite réunion de ce que j’ai pu faire avant.

Quel est ton rôle chez EdTech France, quelles sont tes principales missions ? Qu’est-ce qui te plaît le plus dans ton métier ?

C’est un rôle très polyvalent, ce qui en fait parfois sa complexité. Il y a quatre grands piliers dans le poste de DG d’EdTech France.

Le premier pilier, c’est celui de l’animation de la communauté d’entrepreneurs, qui sont donc des entrepreneurs EdTechs sur les trois segments de marché : scolaire, enseignement supérieur et formation professionnelle. Les entreprises sont des startups, des scale-up, des dinosaures de la formation : il y a donc tous types d’entreprises ! Animer la communauté, cela signifie : onboarding des nouveaux membres, réponses aux questions quotidiennes des entrepreneurs (sur des problématiques de business, de levées de fonds, de partenariats, etc.), animation des groupes de travail entre les membres, de webinaires ou d’événements pour les entrepreneurs (formels comme les Petits Dej’ EdTech ou plus informels).

Le deuxième pilier, c’est le lobby public. C’est à la fois de la relation quotidienne avec les trois ministères (Enseignement Supérieur, Education Nationale et Travail), mais aussi de l’action précise sur la construction de textes d’appels à projets (remonter les besoins de la filière, etc.), une veille avec les pouvoirs publics (nouveaux marchés ou autres actualités). L’objectif va être de créer des partenariats avec des opérateurs d’Etat, comme la Caisse des Dépôts (pour la mise en place d’une doctrine d’investissement spéciale EdTech), Business France (pour l’ouverture de deux VIE pour l’international)…

Le troisième pilier concerne l’animation du réseau de partenaires : trouver les nouveaux partenaires, puis répondre à leurs besoins. Les partenaires sont des associations, des établissements du supérieur, une collectivité… Tout acteur en fait qui n’est pas une EdTech, mais qui souhaite travailler avec notre réseau d’EdTechs. Cela va se concrétiser soit en projet particulier (ex : une semaine de l’innovation), soit en veille, soit en communication pour axer l’image du partenaire vers l’univers EdTech. C’est à la fois très concret et très orienté communication. Il y a une typologie folle de partenaires, ce qui rend la chose encore plus intéressante : cela va de la Conférence des Grandes Ecoles, à l’Etudiant, à une collectivité etc.

Le dernier pilier concerne la communication publique et l’incarnation de ce que peut être EdTech France : tu es EdTech France, tu respires EdTech France, tu transpires EdTech France ! Ce quatrième pilier ne peut être bien fait qu’en ayant bien mené les trois premiers piliers.

La EdTech française : les défis d’un univers en pleine croissance

Nous avons dans la EdTech en France beaucoup d’innovation et de superbes solutions : autant travailler avec les pouvoirs publics tous dans la même direction, pour être le plus efficace possible !

Anne-Charlotte Monneret, DG EdTech France

On entend parfois dire : « Je ne crois pas aux EdTechs,  seule l’éducation classique a de l’avenir ». Or, n’est-ce pas là effectuer une erreur de jugement quant à la réelle mission des EdTechs ? N’est-ce pas aussi restreindre la définition des EdTechs ?

L’affirmation “je ne crois pas aux EdTechs” ne veut déjà pas dire grand chose. En soit la “EdTech” de manière générale ne veut rien dire ! Cela signifie juste une entreprise qui utilise le numérique pour transformer l’expérience d’apprentissage côté apprenant ou passeur de savoir. Donc tu as beau ne pas croire aux EdTechs, ce n’est en réalité pas une question de croyance ! C’est une question de pérennité de l’outil, il faut se demander si l’outil EdTech répond à un besoin, oui ou non.

Je pense qu’il faut donc déjà distinguer la croyance de la mesure d’impact. Aujourd’hui le gros enjeu pour les technologies EdTechs sur chacun des trois segments, c’est d’être en capacité de prouver l’impact de la technologie sur l’apprentissage des compétences, sur l’amélioration de l’expérience côté formateur. Cette mesure d’impact est le gros défi de l’année 2021-2022.

Il y avait un défi d’évangélisation, pour faire comprendre que le numérique pouvait être un outil et une nouvelle modalité pédagogique. Cette nouvelle modalité pédagogique a été comprise. On a aussi compris que la EdTech ne signifiait pas “100% numérique”, ne signifiait pas qu’on soit tous derrière des écrans et que l’humain disparaisse totalement. La EdTech doit être insérée au cœur d’un parcours d’apprentissage et constitue une modalité supplémentaire comme pourrait l’être un TD, un cours à l’extérieur, etc. On a aussi compris que l’outil EdTech ne servait à rien si l’on ne réfléchissait pas en amont à son usage, à son but et à son utilisation au sein d’une séquence pédagogique. Le tout numérique n’est pas souhaitable !

La croyance dans les EdTechs n’est même pas intéressante comme question, car en réalité le monde et les métiers de demain se numérisent. Le monde professionnel de demain va demander à tout le monde des compétences numériques, pour les cadres comme pour des employés moins qualifiés. Ces compétences numériques doivent dans tous les cas être apprises : à travers de l’enseignement numérique comme une matière dédiée ? Pas forcément. L’objectif est aussi que le numérique soit quelque chose que les gens sachent prendre en main depuis tout jeune, et que le fossé ne se creuse pas entre ceux qui ont les codes du numériques et ceux qui ne les ont pas.

Le but des EdTechs est donc de faire comprendre qu’elles ne sont qu’une modalité de plus, qu’il n’y aura pas de retour en arrière ! Dans tous les cas c’est une transformation sociétale, et cela ne concerne pas que l’éducation. L’enjeu se situe dans la mesure d’impact pour adapter le produit, en tenant compte des retours utilisateurs et en s’insérant dans une modalité pédagogique qui met l’humain au cœur de la pratique. Voici ce que je réponds à ceux qui “ne croient pas en la EdTech” !

Quel doit être le rôle des pouvoirs publics en général dans le développement des EdTechs en France ? Quand on voit encore l’hétérogénéité d’adaptation des établissements scolaires, ou la difficulté de prise en main numérique de certains professeurs…

Il y a des enjeux très différents selon les segments de marché. Sur le scolaire, le véritable enjeu c’est d’abord de lisser les disparités entre les établissements quant à l’équipement numérique et à l’accès Internet. Il faut donc mettre en place des appels à projets pour réduire la fracture numérique et faire en sorte que tous les établissements soient dotés [d’outils numériques, NDLR] de la même manière.

Ensuite, le rôle des pouvoirs publics est de comprendre que ce n’est pas terminé ! Ce n’est pas suffisant de mettre des tablettes et des ordinateurs dans un établissement. Etape 2 : le numérique à l’école, ce sont aussi des outils pédagogiques EdTechs. Aujourd’hui il n’existe que de grands marchés départementaux ou nationaux pour aller équiper “tant” d’établissements avec “tel” outil qui va avoir gagné “tel” appel à projets. Aujourd’hui le gros problème sur le segment du scolaire, c’est qu’il faudrait que les établissements voire les enseignants aient plus de facilités d’accès aux ressources numériques à l’achat. Le vrai soucis c’est que ce sont l’enseignant et l’élève qui utilisent l’outil numérique aujourd’hui, alors que c’est la collectivité qui l’achète, ou directement le ministère. Les pouvoirs publics aujourd’hui doivent simplifier la chaîne d’achat des ressources numériques sur le segment scolaire au maximum, et faire en sorte que chaque directeur d’établissement soit équipé d’un budget dédié aux EdTechs. Après cela, l’établissement devient autonome dans sa gestion du choix de l’outil, il peut acheter des outils qui correspondent aux besoins de l’établissement.

Cela nous mène à l’étape 3 : la formation des enseignants. Aujourd’hui les enseignants sont peu formés (presque aucune formation sur les outils numériques). Il faut mettre en place un plan national de formation des enseignants, et au sein de chaque établissement des modules de formation dédiés pour que les outils utilisés puissent être maîtrisés par le corps enseignant.

Dans le supérieur, le rôle des pouvoirs publics est de mettre en avant la pertinence des partenariats public/privé pour digitaliser les universités notamment. Il faut aussi bien sûr financer les universités sur les projets de transformation digitale qui coûtent cher.

Sur la formation professionnelle, il existe actuellement le Plan de relance du Haut Commissariat aux compétences pour l’hybridation de la formation doté de 300 millions. Les pouvoirs publics sont face à trois enjeux : comprendre la typologie de la formation en France, comprendre que les gens se forment dans des nouveaux lieux de formation (importance de développer des tiers-lieux de formation), et enfin comprendre que la transformation de la formation professionnelle doit embarquer tous les acteurs.

Les ministères doivent travailler avec les régions, avec Pôle Emploi, pour avancer au mieux et casser les silos de l’administration publique qui freinent l’innovation et le déploiement du digital sur le territoire français. Nous avons dans la EdTech en France beaucoup d’innovation et de superbes solutions : autant travailler avec les pouvoirs publics tous dans la même direction, pour être le plus efficace possible !

Justement en parlant d’innovation : comment la France peut-elle se positionner face aux géants EdTechs américains et/ou asiatiques, parfois privilégiés par les entreprises ou universités face aux solutions françaises ? Que manque-t-il aux EdTechs françaises pour rivaliser avec leur concurrentes d’outre-mer et d’Orient ?

Déjà le marché français n’a rien à voir avec les marchés américain, chinois ou indien, en termes de démographie donc de taille de marché. Cela biaise le prisme ! Notre marché est bien plus petit, ce n’est pas forcément comparable. Nous avons des atouts : les meilleurs ingénieurs du monde, une étique en termes de respect des données qui rend la filière vertueuse (les entreprises ne monétisent pas les données personnelles reçues).

Nous avons une éducation à la française qui compte parmi les meilleures du monde en termes de neurosciences et de recherche en sciences de l’éducation. Et nous avons un secteur public, même s’il est critiquable, qui soutient beaucoup l’éducation et la formation et qui croit à l’égalité entre les individus et donc à l’importance de se former, qu’importe d’où tu viens et ce que tu fais. Ce qui n’est pas forcément le cas des Etats-Unis, de la Chine ou de l’Inde…

Nous avons aussi dorénavant un secteur EdTech vu comme très attractif par les investisseurs. Avant, la critique était portée sur les fonds d’investissement privés accusés de ne pas mettre les même tickets qu’ailleurs, d’être frileux. Cela a changé depuis 2020. Evidemment il n’y a pas de tickets à 200 millions dans la EdTech française, mais il y en a très peu tout court ! La frilosité des investisseurs privés aujourd’hui est “résolue”, même si nous ne sommes pas encore arrivés en plein “boum” [d’investissement dans la EdTech, NDLR].

Nous avons également l’atout de la francophonie. Nous avons une langue parlée dans tout un tas de pays, ce qui permet une exportation facile pour nos entreprises, particulièrement en Afrique où le besoin de formation est énorme et ne nécessite pas de coûts de traduction pour nos entreprises. De fait, une entreprise française peut aller nouer des partenariats sur place et comprendre les forces en présence, beaucoup plus facilement qu’une entreprise américaine ou chinoise.

Concernant les manques, nous n’avons pas la même démographie que d’autres pays. Nous n’avons pas non plus la même folie de fonds d’investissements qui vont aller placer 300 millions [dans une EdTech, NDLR]. Et enfin, nous avons aussi un léger retard technologique en machine learning dans l’éducation qui est plutôt structurel. L’IA adaptée à l’éducation est peut-être un petit peu en retard chez nous par rapport à d’autres pays. Cela n’empêche pas à notre filière française de peser un peu plus d’un milliard de chiffre d’affaires, 650 entreprises et plus de 10 000 emplois sur le territoire. Certes nous ne sommes pas aussi gros que les américains, mais est-ce grave ?

Concernant le choix de la souveraineté, évidemment certains établissements et grosses entreprises choisissent encore des solutions étrangères. Je ne dis pas qu’il faut choisir une solution [EdTech] parce qu’elle est française, mais je pense qu’à un moment donné il faut se poser la question du choix politique et de la volonté de souveraineté numérique derrière. C’est aussi une responsabilité que de favoriser ou d’étudier des options françaises, quitte à les abandonner si elles ne font pas leurs preuves. Je crois qu’il faut une prise de conscience sur l’importance de choisir des solutions qui nous permettent de rester dans la course en termes de souveraineté numérique européenne ou internationale. Car si notre propre marché ne soutient pas les solutions françaises, on ne va pas y arriver !

Quels développements internationaux pour la EdTech française aujourd’hui ?

Il faut réaliser que le continent africain ne nous attend pas.

Anne-Charlotte Monneret, DG EdTech France

Pour revenir sur la taille de notre marché, crois-tu en la possibilité de créer un « hub EdTech » européen, afin de maximiser notre poids sur la scène EdTech internationale ?

L’European EdTech Alliance est un réseau européen d’associations EdTechs qui comporte dix-huit membres, dans lequel EdTech France a été co-fondateur. Ce projet fonctionne bien. Nous avons été soutenu par la Commission européenne. Nous venons d’obtenir des fonds allemands pour financer une permanente. Il y a donc beaucoup d’argent européen pour soutenir ce type de projet, car il y a un énorme enjeu de souveraineté derrière. Je crois à ce genre de réseaux qui permettent de la synergie entre les pays, de la veille commune, de répondre à des appels à projets en commun, de montrer une volonté de travailler ensemble.

Après, un hub européen EdTech au-delà d’un réseau, je ne vois pas trop comment cela s’organiserait concrètement. Nous avons quand même des enjeux de langue très différents en Europe. Il faut qu’il y ait une volonté d’avancer ensemble et des sur-réseaux comme l’European EdTech Alliance. Mais un hub opérationnel européen, j’y crois moyen de part les enjeux de langue.

En revanche l’European EdTech Alliance fait un super travail : rapport sur les synergies public/privé dans tous les pays en termes de EdTechs, travail avec Holon IQ pour le référencement de toutes les startups européennes, etc.

Nous parlions de l’Afrique tout à l’heure. Sur tous les plans l’Afrique constitue un enjeu majeur pour l’éducation future. Quelles sont les dynamiques EdTechs actuelles sur le continent ?

Google a installé son centre d’IA au Ghana, Deloitte et d’autres fonds d’investissement et cabinets de conseil se sont déjà installés, pilotés par des acteurs africains avec une très bonne connaissance du marché. L’importance du marché africain n’est peut être pas comprise par le grand public, mais elle l’est par les grands acteurs de l’éducation.

Aujourd’hui globalement les technologies mises en place localement permettent le développement d’acteurs locaux. Holon IQ a sorti récemment un top des futures licornes du continent africain. Des acteurs locaux EdTechs se développent de manière massive. Les Etats africains investissent dans l’éducation et la construction de grandes écoles locales, qui nouent des partenariats avec des établissement français, américains, etc. Les futurs jeunes vont devoir être formés, dans un marché du travail propice. Le marché africain, tant en termes de technologie locale, d’attrait démographique que de soutien par les acteurs majeurs précédemment cités, est lancé.

En novembre se tient d’ailleurs le sommet de la francophonie de Djerba où sera organisée une matinale EdTech. Le but est de faire venir tout un panel d’experts locaux, pour venir à la rencontre de notre délégation d’entreprises franco-tunisio-rwando-sénégalo-québécoise. Il s’agit peut-être du sommet de la francophonie, mais la plupart des gens qui parlent français ne vivent pas en France ! Il faut réaliser que le continent africain ne nous attend pas.

La crise du Covid-19 : et après ?

Nous avons toutes les cartes en main aujourd’hui en France en 2021 pour être leaders en Europe sur la EdTech et dans la compétition internationale, vu l’excellence de nos technologies françaises.

Anne-Charlotte Monneret, DG EdTech France

Quels ont pour toi été les principaux effets (positifs comme négatifs) de la crise sanitaire sur l’univers EdTech, français en particulier ? (Un gain de temps ? Un catalyseur de la mise en place inéluctable du modèle pédagogique hybride ? Une sensation d’avoir été pris de court ?)

Il n’est pas vrai de croire qu’aucun établissement du supérieur n’avait pas déjà posé sur la table le sujet de la transformation digitale avant la crise du Covid-19. La crise a forcé tout le monde à mettre en place des actions qui se pérennisent par la suite : ateliers en visio, formation des enseignants à des outils, recrutement des étudiants par des canaux 100% virtuels, des événements d’écoles et d’entreprises en virtuel…

La crise a accéléré et cristallisé ce qui était déjà en place, et a permis de mettre le sujet du numérique dans la priorité de chaque établissement, ce qui n’était pas forcément le cas, avec un avantage énorme pour les étudiants car cela lisse les disparités entre les établissements. Cela permet de bénéficier peu importe sa formation des mêmes prestations numériques, en limitant les fractures entre les établissements plus ou moins innovants. Cela a aussi permis à certains étudiants grâce aux forums virtuels d’avoir accès à de nouveaux établissements et d’augmenter la diversité de recrutement.

Cela a aussi eu un gros poids sur les enseignants qui ont dû tenir à bout de bras leurs classes parfois sans nécessairement être très soutenus durant un an et demi. Cela crée une fatigue sur les personnels et une lassitude vis-à-vis du numérique : il faut faire attention à accompagner psychologiquement les équipes sur ces sujets. Il y a une fragilité des équipes enseignantes aujourd’hui.

En entreprise, on s’est rendu compte que la formation professionnelle ne se limitait pas à deux ou trois jours par mois, mais que c’était un élément qui pouvait être présent en fil rouge au sein de la vie d’un salarié. Evidemment certaines entreprises étaient déjà très avancées. Mais la crise a démocratisé la formation professionnelle, l’a rendue plus “normale”. Cela a ouvert le champ des possibles pour les entreprises en termes de formation.

Sur le scolaire, on a bien sûr observé un renouveau des pratiques pédagogiques pour les enseignants, ainsi qu’une moindre diabolisation des écrans du côté des parents. Il y a aussi en parallèle un ras-le-bol du numérique auquel il faut faire attention : nous devons accompagner les personnes dans la transition pour trouver un juste équilibre. Nous faisions “pas assez” [de numérique], puis [avec la crise, NDLR] on en a fait “trop”, et maintenant que la poussière retombe l’objectif est de trouver l’équilibre pour que chacun se sente à l’aise et pas contraint. Car le gros problème de la crise est que nous avons été contraints à l’utilisation du numérique, ce qui n’est jamais bon. Il faut montrer que [le numérique] fait partie d’une étape dans la vie des établissements scolaires et des entreprises.

Pour conclure : un dernier message à faire passer aux lecteurs, aux différents acteurs EdTech, aux investisseurs ?

Je pense que nous ne sommes qu’aux débuts de ce que va être la EdTech. Je pense que nous percevons la dernière année et demie comme une accélération mais il faut vraiment prendre conscience que nous n’en sommes qu’au tout début. Il n’y aura pas de retour en arrière possible sur l’éducation et la formation. L’époque que l’on vit est absolument passionnante car c’est une époque de transition : à la fois sur la complexité des outils créés en ce moment, sur l’adoption culturelle de ces nouveaux paradigmes de formation, et aussi sur notre capacité en tant que pays à rester dans la course mondiale.

Nous avons besoin du soutien des investisseurs privés pour financer notre innovation. Il faut dire aux VC [fonds de VC, NDLR] que c’est maintenant qu’il faut mettre les tickets dans les pépites françaises ! Je pense vraiment que notre force en France est de pouvoir travailler main dans la main avec le secteur public. Nous avons toutes les cartes en main aujourd’hui en France en 2021 pour être leaders en Europe sur la EdTech et dans la compétition internationale, vu l’excellence de nos technologies françaises.

Je crois en un discours très optimiste. Bien sûr que le Covid-19 a cassé plein de choses et bousculé tout le monde. Mais cela a pu faire comprendre que demain, c’est maintenant.

Total
0
Shares
Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *