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Martine Depas (FDC) : l’émergence de l’enseignement supérieur privé en France

Martine Depas, partner chez Financière de Courcelles, décrypte la croissance de l’enseignement privé supérieur de ces vingt dernières années.
Ambroise Boisonnet

Mehdi Cornilliet rencontre Martine Depas dans le cadre du troisième épisode du podcast l’Education au futur. Décryptage de la croissance de l’enseignement supérieur privé français ces vingt dernières années.

Martine Depas est partenaire chez Financière de Courcelles, structure qui accompagne les entreprises (notamment éducatives) dans leur développement en termes capitalistiques. Depuis une vingtaine d’années, elle a pu observer et façonner l’émergence de l’enseignement supérieur français privé.

Disclaimer : les propos rapportés dans l’interview qui suit ont été synthétisés depuis le podcast original disponible ci-dessus. Cet article est une reconstitution synthétique de l’entretien original.

Le marché de l’enseignement supérieur privé en France

Bonjour Martine, pourrais-tu te présenter?

Je suis partenaire chez Financière de Courcelles, une vieille maison de fusion-acquisition créée en 1928. Je couvre le secteur de l’éducation, allant du primaire au supérieur, mais aussi les formations professionnelles et l’EdTech. J’ai commencé dans la formation il y a vingt ans, le patron de Demos venait de créer son entreprise d’e-learning et me demandait de lever des fonds. Je suis restée pendant 5 ans membre du comité stratégique de Demos jusqu’à son introduction en Bourse. En 2008, je rejoins la Financière de l’Epervier et découvre le domaine de l’éducation au contact de Studialis. L’entreprise m’a mandatée pour les accompagner pour six acquisitions dont les Cours Florent.

On constate aujourd’hui que l’éducation est un marché des plus à la mode. Pourquoi la France a placé l’éducation en son cœur ? Plus précisément, qu’est-ce qui a porté l’essor du supérieur privé en France lors de ces quinze dernières années ?

L’enseignement privé s’est surtout démocratisé lors de la création d’écoles privées par des particuliers dans les années 1980. Lors de la décennie 2000, des groupes américains comme Laureate Education ont racheté l’INSEEC, l’ESCE, l’IFG, l’ECE. Par la suite, Studialis et Galileo ont renforcé l’enseignement supérieur privé. L’essor qui s’ensuit est une conséquence de l’échec du supérieur public. L’éducation nationale ne conduit pas forcément à l’emploi ni même à l’obtention du diplôme de fin d’études. Le secteur public est entièrement conscient de cette croissance folle du privé car la BPI est présente dans la plupart des grands groupes d’éducation français.

Deux indicateurs de croissance de l’enseignement supérieur privé

Sur Financière de Courcelles, il apparaît que les deals de l’enseignement supérieur se font sur le marché européen par des groupes français. Est-ce à dire que l’international structure le développement du supérieur privé ?

Les grands groupes d’éducation européens sont aujourd’hui français. À l’étranger, ces groupes sont en mesure de racheter de plus petites structures et de croître progressivement. Il faut donc avoir déjà une palette de pays assez large pour s’implanter dans encore plus de pays.

La métrique d’EBITDA est assez commune dans le secteur du supérieur. Elle devient aujourd’hui une valeur de référence pour valoriser les grands groupes. Peux-tu la présenter ?

L’EBITDA est le résultat des opérations avant les frais financiers, l’amortissement et les provisions. L’EBITDA, très élevé pour ces grands groupes où le driver principal est le chiffre d’affaires, atteste de l’aspect lucratif du secteur.

On entend souvent que c’est en baissant la qualité de l’enseignement supérieur privé que l’EBITDA a pu croître ? Contrairement au supérieur public où de grands investissements sont faits sur la qualité de l’enseignement, doit-on croire à cette rumeur de carences d’enseignement à cause de faibles financements dans le supérieur privé ?

Non. Ce n’est pas en investissant moins que le privé parvient à avoir un EBITDA élevé. Il y a d’autres raisons : le supérieur public doit souvent s’acquitter de frais supplémentaires comme le logement pour l’étudiant.

Des vecteurs de croissance de l’enseignement supérieur privé

L’enseignement supérieur privé a surtout été porté par une vague démographique. Est-ce un vecteur important pour sa croissance ?

Oui, nous sommes à la fin de cette vague générée par le boom de naissances de l’année 2000. Mais étant donné qu’il n’y a eu que 100 000 étudiants en plus dont seulement 20% dans le privé, cela ne représente pas des chiffres gigantesques qui pourraient justifier l’essor du supérieur privé.

Comment le supérieur privé a-t-il géré l’épidémie de Covid-19 ?

Aujourd’hui, la pédagogie s’est adaptée à la digitalisation. Mais cela est plutôt récent et ne remonte qu’au post-Covid. Les écoles supérieures privées n’ont pas souffert du Covid et parfois même ont gagné de l’argent. L’essor de la digitalisation va accélérer l’effet de bascule de l’enseignement public au privé. L’exemple de l’apprentissage, que s’est approprié le secteur privé, le montre. On avait 400 000 apprentis en 2017, 700 000 aujourd’hui, on vise 1 500 000 en 2027.

Ce développement de l’apprentissage a eu pour corollaire la baisse du taux de chômage des jeunes. Qu’en penser ?

L’apprentissage est une vraie réussite car les entreprises ne cherchent pas des employés au rabais. Au contraire, elles désirent des étudiants qui interviennent dans des secteurs pénuriques en France à l’image de la vente. Cela permet aux entreprises de faire des pré-embauches si bien que de nombreux étudiants ne vont même pas au bout de leur cursus.

L’ESR, un marché concurrentiel ?

Pourquoi les fonds d’investissement s’intéressent à l’éducation aujourd’hui?

L’éducation est un secteur à la fois résilient et en croissance. Grâce à ces deux atouts, qu’elle partage avec la santé et le digital d’ailleurs, elle se différencie des autres secteurs et intéresse tout particulièrement.

À l’époque d’APB, en 2012, le nombre d’établissements supérieurs privés était assez faible. Aujourd’hui, il a explosé comme le montre la multiplication des marques d’écoles dont les logos figurent dans les salons étudiants, les métros et les journaux. Comment analyser cette tendance ?

Il y a un phénomène que l’on a pas évoqué : le maillage national. Pour diverses raisons, l’étudiant d’aujourd’hui ne bouge plus. Le travail de mobilité revient alors aux écoles privées qui gagnent progressivement les petites villes. De plus en plus de jeunes issus d’écoles souhaitent créer des écoles thématiques après un master entrepreneuriat. Ce sont des jeunes entrepreneurs qui ont vite cerné la rentabilité du secteur et ont comblé les thématiques encore délaissées par les écoles.

Il y a une convergence entre d’une part la formation et d’autre part l’éducation. Le groupe le plus puissant dans l’éducation en France, Galileo, a donné lieu a de nombreux mouvements comme le groupe français Eduservices. Comment l’interpréter?

Initialement, il y avait une différence de nature entre un service de B2B, la formation et un autre de B2C, l’éducation. Aujourd’hui, avec le CPF, la formation devient davantage du B2C. La tendance est à des études plus courtes puis un parcours professionnel intégrant des périodes d’upskilling par la suite.

Zoom sur le statut d’EESC (Etablissement d’Enseignement Supérieur Consulaire)

L’EESC est une statut assez particulier qui permet de lever des capitaux privés mais avec une main mise de la Chambre de Commerce et d’Industrie. Ce statut ne permet pas le versement de dividendes et empêche certains montages de rachat par endettement. Comment est perçue l’émergence du statut d’EESC ?

Tous les fonds d’investissement se sont penchés sur ce statut puis s’en sont rapidement détournés. Pas forcément à cause du manque de dividendes mais plutôt car les fonds ne pouvaient pas être investisseurs majoritaires face à la Chambre de Commerce et d’Industrie. Les fonds d’investissement se sont alors tournés vers les écoles à l’international. Le jour où les besoins se feront sentir, il faudra peut-être penser à libéraliser le statut d’EESC.

Qu’est-ce qui fait le succès d’un grand groupe d’écoles ?

Un grand groupe centralise tous les services de financement, de ressources humaines et de management. Il laisse à l’école le souci de s’occuper de la pédagogie. Voilà la clé du succès.

Comment peut-on imaginer le secteur de l’éducation en 2030 ?

Les groupes du supérieur privé devraient rester des champions européens. Galileo et Studialis ont de beaux jours devant eux en Europe. De plus, l’Afrique est un réservoir d’étudiant francophones important. Avec le digital, on peut facilement imaginer des poches de croissance EdTech dans cette région.

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